Les stablecoins deviennent un élément central de la façon dont la valeur circule en ligne. Il s’agit d’actifs numériques conçus pour maintenir une valeur stable, et ils sont de plus en plus utilisés pour transférer de la valeur sur des réseaux de chaînes de blocs, en temps réel.
D’abord développés comme des outils au sein des marchés des cryptoactifs, les stablecoins servent désormais aux paiements, aux règlements et aux activités commerciales courantes. À mesure que leur rôle s’est élargi au-delà des usages liés aux marchés, pour se rapprocher de fonctions comparables à l’argent numérique et à l’infrastructure de paiement, ils ont attiré l’attention croissante des institutions financières, des entreprises et des autorités de réglementation.
Ce blog propose un aperçu pratique, de type « Stablecoins 101 ». Il présente ce que sont les stablecoins, leur fonctionnement, les contextes dans lesquels ils sont déjà utilisés à grande échelle, ainsi que l’importance d’un cadre canadien clair pour les consommateurs, les entreprises et le système financier canadien.
Que sont les stablecoins?
Essentiellement, les stablecoins sont des jetons numériques conçus pour reproduire la valeur d’un actif de référence sous-jacent, le plus souvent une monnaie fiduciaire comme le dollar canadien ou le dollar américain. Contrairement aux cryptomonnaies souvent volatiles, les stablecoins axés sur les paiements sont destinés à fonctionner comme de la monnaie numérique : un moyen d’échange, une unité de compte et une réserve de valeur à court terme.
La plupart des stablecoins axés sur les paiements sont entièrement adossés à des actifs liquides de grande qualité, tels que des liquidités ou des titres d’État à court terme. Les détenteurs peuvent les racheter à la valeur nominale (au pair), c’est-à-dire qu’un stablecoin peut être échangé contre une unité de la monnaie sous-jacente.
Il convient de distinguer les stablecoins de paiement d’autres cryptoactifs qui peuvent être liés à une valeur de référence, mais qui se comportent davantage comme des placements. La proposition canadienne de Loi sur les stablecoins opère précisément cette distinction en se concentrant sur des stablecoins sans rendement, adossés à des monnaies fiduciaires, conçus pour les paiements et non pour la spéculation.
Comment les stablecoins fonctionnent-ils?
De façon générale, les stablecoins combinent des concepts monétaires familiers avec une infrastructure numérique moderne.
Un émetteur crée des stablecoins lorsqu’une contrepartie autorisée dépose des dollars canadiens (ou une autre monnaie de référence). Ces fonds sont conservés en réserve et investis uniquement dans des actifs autorisés à faible risque. Pour chaque dollar détenu en réserve, un stablecoin est émis. Lorsqu’un détenteur rachète ses stablecoins, les jetons sont détruits et la monnaie fiduciaire sous-jacente est remise.
Les stablecoins circulent sur des réseaux de chaînes de blocs plutôt que sur les rails bancaires traditionnels. Ils peuvent ainsi être transférés directement entre utilisateurs, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, sans dépendre des banques correspondantes ni des fenêtres de règlement différé. Une fois qu’une transaction est confirmée, elle est définitive.
Du point de vue de l’utilisateur, un stablecoin peut être conservé dans un portefeuille numérique, envoyé à une autre personne ou à une entreprise, ou utilisé pour payer des biens et des services. Du point de vue des systèmes, les stablecoins sont des actifs numériques programmables, permettant des paiements automatisés, l’exécution de conditions et l’intégration directe à des logiciels.
Cas d’usage et ampleur
Les stablecoins ne sont plus expérimentaux ni marginaux. Ils sont déjà utilisés à une échelle significative.
Selon DefiLlama, l’offre mondiale en circulation dépasse maintenant 300 G$ US, soutenue par des portefeuilles de réserve détenant plus de 200 G$ US en liquidités et en bons du Trésor américain à court terme afin de maintenir une parité de rachat de 1:1. Sur les chaînes de blocs publiques, les stablecoins représentent environ 33 T$ US de volume de transactions en 2025, menés par l’USDC (18,3 T$ US) et l’USDT (13,3 T$ US), selon des informations rapportées par Bloomberg. Cette activité reflète une demande croissante pour des dollars numériques rapides, accessibles en continu, pouvant être réglés à l’échelle mondiale, sans les contraintes des heures d’ouverture des banques ni des réseaux de correspondants.
Cette demande est particulièrement visible dans les paiements transfrontaliers, où les systèmes existants demeurent lents, coûteux et fragmentés. Des transferts qui peuvent prendre plusieurs jours et nécessiter de multiples intermédiaires dans le système bancaire peuvent souvent être réglés en quelques minutes au moyen de stablecoins, à une fraction du coût.
Au-delà des paiements, des entreprises utilisent les stablecoins pour la gestion de trésorerie, le paiement de fournisseurs et le commerce international. Des fournisseurs de services de paiement et des plateformes technologiques intègrent des stablecoins pour permettre le règlement en continu, réduire la dépendance aux réseaux de cartes et servir des clients mondiaux sans devoir établir des relations bancaires dans chaque pays.
Les stablecoins permettent également des paiements programmables. Les fonds peuvent être libérés automatiquement lorsque des conditions contractuelles sont remplies, répartis entre plusieurs destinataires ou intégrés directement à des places de marché numériques et à des plateformes logicielles.
Pourquoi les stablecoins comptent pour le Canada
Pour les Canadiens, les stablecoins ne visent pas à remplacer le système financier existant. Le Canada dispose déjà d’outils efficaces pour les paiements domestiques, et le système de Paiements en temps réel (PTR) améliorera encore les transferts locaux. La valeur des stablecoins réside plutôt là où les systèmes actuels peinent à répondre aux besoins : paiements transfrontaliers fluides, disponibilité en continu et infrastructure ouverte et programmable.
En l’absence d’un stablecoin viable adossé au dollar canadien, les entreprises et les consommateurs canadiens ont de plus en plus recours à des stablecoins libellés en dollars américains pour ces cas d’usage. Cette domination comporte des implications concrètes : elle introduit un risque de change, déplace l’activité vers des instruments libellés en devises étrangères et réduit l’influence du Canada sur l’infrastructure émergente des paiements numériques.
Un cadre clair pour des stablecoins adossés au dollar canadien contribuerait à combler cette lacune. Il permettrait aux innovateurs canadiens de développer des produits de paiement conformes, offrirait aux entreprises des outils plus efficaces pour le commerce mondial et aiderait à maintenir la pertinence d’instruments numériques en dollars canadiens à mesure que l’activité financière se déplace vers des infrastructures fondées sur la chaîne de blocs.
Il existe également des considérations de politique publique plus larges. Les systèmes de paiement constituent une infrastructure critique. À mesure que l’usage des stablecoins se généralise, les décisions portant sur l’identité des émetteurs, le cadre réglementaire applicable et les modalités de surveillance façonneront la résilience et la compétitivité financières du Canada. L’enjeu n’est pas de savoir si des émetteurs étrangers participeront, mais plutôt comment les stablecoins seront réglementés et intégrés au système financier canadien. Des règles nationales claires permettent d’assurer la poursuite des objectifs de politique publique, l’exercice d’une surveillance adéquate et la protection des consommateurs au Canada, peu importe le lieu d’établissement de l’émetteur, tout en permettant au pays de participer pleinement aux réseaux mondiaux de paiement.
L’approche canadienne en matière de réglementation
Le Canada a franchi une étape importante avec l’introduction de la Loi sur les stablecoins. Le cadre proposé établit une surveillance fédérale des stablecoins sans rendement adossés à des monnaies fiduciaires administrée par la Banque du Canada. Il précise que l’émission de stablecoins conformes ne constitue pas une activité de valeurs mobilières en vertu du droit fédéral, fixe des exigences de base relatives aux réserves et au rachat, et intègre les stablecoins au cadre plus large de réglementation des paiements.
Cette approche s’inscrit dans un consensus international en émergence : les stablecoins de paiement devraient être encadrés comme des instruments de paiement, et non comme des produits de placement. Des règles claires réduisent l’incertitude pour les émetteurs et les utilisateurs, renforcent la protection des consommateurs et créent les conditions d’une innovation responsable.
L’enjeu se déplace maintenant vers la mise en œuvre. Des règlements détaillés préciseront les normes relatives aux réserves, encadreront le rachat en pratique, imposeront des exigences de résilience opérationnelle et harmoniseront la surveillance fédérale avec les régimes provinciaux. Il sera essentiel de bien établir ces détails afin d’éviter le chevauchement réglementaire et de maintenir la compétitivité du Canada par rapport à des juridictions comme les États-Unis et l’Union européenne.
Regard vers l’avenir
Les stablecoins se comprennent mieux comme une nouvelle couche d’infrastructure financière. À l’image des débuts de l’Internet, leur valeur tient moins à une application précise qu’à ce qu’il devient possible de faire lorsque l’argent peut circuler aussi facilement que les données.
Pour le Canada, la question n’est pas de savoir si les stablecoins existeront, mais comment ils seront intégrés. Un cadre clair et coordonné peut soutenir l’innovation nationale, protéger les consommateurs et renforcer le rôle du dollar canadien dans une économie numérique. À l’inverse, des retards ou une fragmentation du cadre risquent de rendre le Canada dépendant de systèmes étrangers qui n’ont pas été conçus en fonction des objectifs de politique publique nationaux.
Le Canadian Web3 Council s’attache à promouvoir un cadre relatif aux stablecoins qui concilie innovation, concurrence et stabilité financière. Avec une mise en œuvre réfléchie, les stablecoins peuvent compléter les systèmes de paiement existants au Canada et contribuer à moderniser la circulation de la valeur dans une économie de plus en plus numérique.


